Dans le cadre de notre thématique irlandaise pour l’année 2009, le Centre Culturel Irlandais (CCI) était un passage obligé pour découvrir l’histoire des irlandais et de leur communauté en France et sur Paris, futur Collège des Irlandais qui perdure encore aujourd’hui. Ainsi, le mercredi 11 mars, ArkéoTopia réunissait ses membres et quelques curieux pour une ArkéOdyssée sur place suivie d’une discussion au pub Saint-Hilaire.
Cette sortie était aussi l’occasion d’aborder, grâce au fonds patrimonial du CCI, la question de la fabrication des manuscrits enluminés qui se verrait plus en détail avec l’ArkéoCafé du 24 avril et l’ArkéoCiné du 16 mai pour se finaliser à Dublin avec la présentation du Livre de Kells au Trinity College.
Transportant ses passagers en un autre temps, comme le soulignera l’un des participants par la suite, le petit groupe s’est retrouvé dans la cour du CCI. Là, sous la conduite de Carole Jacquet, responsable des ressources documentaires du CCI, la visite commença par la chapelle dédiée à Saint Patrick.
Elle fut suivie par la médiathèque, la bibliothèque patrimoniale et s’acheva par l’espace d’exposition. Si les questions furent nombreuses, les interventions du Dr. Gransard-Desmond, rebondissant fréquemment sur les propos de Mme Jacquet, permirent au groupe de mettre les propos de cette dernière en perspectives par rapport à l’archéologie, tant au niveau du travail de restauration et de conservation des livres que sur celui du bâtiment et du fonds.
Ces interventions furent même l’occasion de découvrir combien une étude archéologique du bâtiment et des documents qu’il contient fait défaut en regard des nombreuses études historiques existantes et des importants travaux de conservation effectués.
Afin d’attirer l’attention des chercheurs professionnels et amateurs ainsi que des étudiants que le sujet peut intéresser, il semble opportun de faire une légère digression. Le programme de conservation et de restauration représente une priorité pour le CCI et ne peut s’effectuer en quelques années. Il est donc normal que l’attention de ce dernier soit portée sur ce qui correspond à un travail de premier ordre afin de faciliter aux chercheurs l’accès aux données qui leur permettront de travailler dans les meilleures conditions.
En revanche, il est surprenant et dommage qu’aucun archéologue ne se soit penché sur ce lieu pourtant très visité et parfaitement connu. Sis en plein cœur de la butte Saint-Geneviève qui recèle bien d’autres trésors comme le Panthéon, la bibliothèque Sainte-Geneviève, la cathédrale Sainte-Hilaire, le Collège des Irlandais n’a pas bénéficié d’autant d’études que ces monuments. Non seulement les études archéologiques font défaut, mais des incertitudes historiques persistent toujours.
Par exemple, la date d’ouverture du Collège des Irlandais est donné pour 1775 par certains (Caillet M., 1991, p. 152) et 1776 par d’autres (McDonnell J., 2002, p. 166). Celle de la consécration de la chapelle n’est jamais fournie. Autre exemple, la date de donation du titre de propriété du lieu qui accueillera les bâtiments du Collège des Irlandais est connue pour être le 7 mai 1772 (Caillet M., 1991, p. 152). Que signifie alors la date du 22 mai 1772 sur un titre de donation de propriété signé par Lawrence Kelly (archive A2.a1 du CCI) ?
Une autre question se pose sur ce document mentionné comme désignant une propriété sise rue des Irlandais alors que cette appellation remplaçant celle de rue du Cheval Vert ne devait exister que postérieurement à 1869 (à noter que la mention semble être postérieure à la rédaction de l’acte). Ces incertitudes trouveront certainement une réponse rapidement vu l’intérêt porté aux archives et à l’histoire de la communauté. Que dire, en revanche, des études archéologiques inexistantes ou si confidentielles que le CCI fut bien en peine d’en citer une seule pour la préparation de cette ArkéOdyssée.
Une étude serait pourtant intéressante qui permettrait, par exemple, de faire le point sur le carrelage actuel de la bibliothèque patrimoniale, encore donné en 2002 comme d’origine (McDonnell J., 2002, p. 166 citant M. Caillet, 1995) alors que, selon Mme Jacquet, ce dernier a fait l’objet d’une transformation lors des rénovations de 2002. Loin de mettre en défaut l’auteur, cette mention montre combien il serait prudent de réaliser rapidement une analyse archéologique du bâtiment.
De plus, le CCI numérisant son fonds d’archives pour faciliter l’accès aux chercheurs et promouvant tous travaux touchant aux relations France-Irlande, une recherche dans le cadre d’un master, d’un doctorat ou d’une étude sérieuse par un archéologue s’intéressant aux périodes du XVIIIe-XXIe s. ne manquerait pas d’y trouver un accueil favorable. C’est d’ailleurs ainsi que Mme Jacquet accueillit la proposition qui lui fut faite de faire passer le message auprès des universités et des chercheurs qui le sujet intéresserait.
Après avoir pu admirer les codex enluminés du XVe-XVIe s. (une histoire des rois d’Angleterre, un psautier flammand, un livre des Heures de Notre-Dame) présentés pour l’occasion , un document du fonds portant un ex-libris à l’eau forte et une marque de possession fut commenté. Puis, le groupe fut invité à se rendre au pub.
Après un léger détour par l’ancienne chapelle des Irlandais du Collège des Lombards rue des Carmes (depuis 1925 église Saint-Ephrem-des-Syriens), l’échange s’est poursuivi avec le Dr. Gransard-Desmond autour d’une bière pour reprendre la discussion sur la signification du terme « collège » afin de bien distinguer la communauté et le bâtiment, pour évoquer l’histoire du bâtiment du Collège des Irlandais et des questions d’archéologie qui restent aujourd’hui sans réponse et aborder la différence de raisonnement entre un historien et un archéologue, pour saisir la différence entre incunable et manuscrit et commencer à développer le travail sur l’archéologie du livre, pour apprécier le rôle des marques d’appartenance qui permirent de suivre le fonds des différents collèges et séminaires rassemblés au Collège des Irlandais, pour évoquer l’histoire mythique des noms de rues évoquées durant la soirée comme celle du Cheval Vert issue de la vengeance d’un teinturier du XVe s. ayant peint en vert le cheval d’un coche qui lui aurait volé de l’argent… Malgré la musique et le bruit caractéristiques des pubs, les participants ravis ont finalement mangé ensemble et se sont quittés aux environs de 23h, prenant date pour la prochaine animation.
Quelques sites de référence…
— Centre Culturel Irlandais (CCI)
5, rue des Irlandais – 75005 Paris
T. 01.58.52.10.30 – www.centreculturelirlandais.com
Vous y trouverez une présentation de l’historique du collège des Irlandais ainsi que le catalogue des archives et le catalogue de la médiathèque (l’accès à la médiathèque est libre et gratuit pour tous).
Si vous souhaitez assister aux offices et événements de la Chapelle Saint-Patrick, nous vous rappelons qu’ils sont en anglais.
— Office National du Tourisme Irlandais
33 rue de Miromesnil – 75008 Paris
T. 01.70.20.00.20 – www.irlande-tourisme.fr – info@irlande-tourisme.fr
— History of Ireland est un magazine présentant des articles et des critiques de livres sur l’histoire du pays – www.historyireland.com
— L’Association irlandaise de Paris accueille les amoureux de l’Irlande dans le 14ème
22, rue Delambre – 75014 Paris
T./F. 01.47.64.39.31 – www.association-irlandaise.org
— Irish culture est un portail de liens sur la culture irlandaise avec une rubrique sur l’archéologie, l’architecture… – wwww.irishculture.ie
— L’Épicerie irlandaise est le lieu de rendez-vous des curieux et des amoureux de l’Irelande souhaitant faire leur marché en France sans avoir à prendre l’avion – www.saveursdirlande.fr
- Caillet M. (1991) : « La bibliothèque du Collège des Irlandais et son fonds de livres anciens », Mélanges de la Bibliothèque de la Sorbonne 11, Paris, p. 151-163.
- Caillet M. (1995) : « Bibliothèque du Collège des Irlandais », in : Robichon Fr. (éd.), Patrimoine des bibliothèques de France : un guide des régions – Vol. 1, Île-de-France, Paris, p. 168-169.
- McDonnell J. (2002) : « From Bernini to celtic revival : a tale of two Irish College in Paris », Irish Arts Review 18, p. 165-175.